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.: Présentation



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De la ville de l'étranger à la ville étrange, de la ville étrangement indéfinie à celle qui se montre étrangère à celui qui y vit, cette quatrième édition du festival Urbi & Orbi se propose d'explorer la relation complexe que l'homme entretient avec la ville, à travers les approches photographiques fort diverses de vingt quatre artistes invités. Qu'il en soit issu, séparé, exclu, qu'elle le fascine, le fasse rêver, l'intrigue ou le rejette, c'est cette distance que chacun a pu ressentir au cours d'un voyage ou dans sa propre ville, ce sentiment e non-appartenance, d'étrangeté donc, qui est au centre des travaux présentés.

Françoise Morin et Jacqueline Salmon ont invité autour de ces quelques thèmes, des photographes, des artistes multimédia mettant en oeuvre vidéos ou installations, jeunes ou internationalement reconnus. Certains, grâce à une résidence d'artiste, opéreront sur la ville de Sedan, son architecture, ses habitants.

Parallèlement, un projet pédagogique avec le public scolaire devrait permettre d'associer les jeunes Sedanais à cette manifestation comme spectateurs mais aussi comme intervenants. Ainsi, seront présentés, sous la direction de deux photographes exposés lors de la biennale 2006, les travaux réalisés au Collège Turenne dans l'atelier conduit par Thierry Chantegret et ceux produits par des élèves du Collège Le Lac sur la reconstruction de la ville à partir d'albums de photos, sous la direction de Francis Mansu.


1 - La ville de l’étranger

Elle nous étonne, nous captive, s’impose à nous par ses différences : la ville de l’étranger pour celui qui la découvre se manifeste d’abord par des ruptures, fussent-elles infimes, avec ce qui constitue le lien intime, physique autant que mental ou affectif qui lie chacun à son univers urbain.

Sous des dehors très occidentalisés, quoi de plus mystérieusement différent pour un Européen que Tokyo et sa gare photographiés par Jean-Christophe Béchet ?

Pendant plus de vingt ans, Jiri Hanke a photographié depuis la fenêtre de son appartement de Kladno, près de Prague, les événements, petits et grands, qui se succédaient dans sa rue. Au fil des saisons, histoires intimes, péripéties locales et événements majeurs de l'Histoire défilent, comme sur un écran, devant la fenêtre-cadre.

L’œuvre de la photographe Deidi von Schaewen est étroitement liée à l’architecture et plus largement au phénomène urbain. L’ensemble qui lui est consacré, sans se vouloir une rétrospective, propose une installation multimédia sur la fête de Durga à Calcutta et un choix de ses travaux sur la ville à travers le monde : fantômes colorés de voitures sous housse dans les rues du Caire, bicyclettes chinoises en miroirs, constructions de tôles en Mauritanie témoignant d'une réelle intention créative.

Si Shanghai est la ville emblématique du bouleversement économique et social que connaît aujourd'hui la Chine, l'explosion démographique qui s'en est suivie, fruit d'une immigration intérieure issue des campagnes, conduit ces populations fraîchement arrivées à occuper le nouvel espace qu'ils habitent de manière parfois inattendues. Là, interfèrent les habitudes familiales, les traditions ancestrales de la campagne et le désir de modernité que Hu Yang, lui-même natif de cette ville, a su saisir au fil d'une longue enquête.


2 – La ville étrangère à celui qui y vit

Le rejet, l’occupation, la reconstruction, les bouleversements de l’urbanisme, autant de facteurs parmi bien d’autres, qui peuvent faire du décor le plus familier un lieu étrangement méconnaissable, indifférent, voire hostile.

Lovés dans les recoins de l’espace urbain, enfouis dans des couvertures qui les dissimulent entièrement, les S.D.F. photographiés au petit matin par Elsa Laurent semblent des natures mortes aux savants drapés, oubliées dans la ville par un noctambule insouciant. A travers ces images sereines où les corps sont traités tels des objets, des éléments familiers du décor urbain, se révèle la violence sourde d’une société impitoyable et indifférente.

André Mérian photographie des zones mal définies, situées à la périphérie des villes. Ces espaces sans consistance, sans utilité, souvent trop vastes, créent, parce qu’ils ne sont pas identifiables, un sentiment de malaise.

La « ville modèle » que Robert F. Hammerstiel a photographiée et filmée est celle que livrent à notre convoitise ces fabricants de rêve clé en main que sont les promoteurs immobiliers. Concentrés des fantasmes de la classe moyenne, ces maisons-témoins semblent les écrins d’une vie idéale mais déjà formatée.

Depuis une quinzaine d’années, Isabelle Hayeur se livre, à travers ses photomontages en grands formats, à une critique de l’urbanisation horizontale qui ronge les paysages et les uniformise un peu partout dans le monde. Négation de la ville historique, des particularités géographiques et donc de la mémoire culturelle, cet urbanisme standardisé impose aux hommes son amnésie, son mode de vie individualiste et son improbable présence à la nature.

Pendant plus de vingt ans, Jiri Hanke a photographié depuis la fenêtre de son appartement de Kladno, près de Prague, les événements, petits et grands, qui se succédaient dans sa rue. Au fil des saisons histoires intimes, péripéties locales et événements majeurs de l’Histoire défilent, comme sur un écran, devant la fenêtre-cadre.

Avec Landscapes for the homeless, Antony Hernandez relève les traces de l'installation de ces derniers dans les parcs et les recoins des villes. Ces nids abandonnés, ces refuges de carton nous renvoient à l'incapacité des sociétés contemporaines d'assurer dans les villes le minimum de reconnaissance à une partie de plus en plus importante de leur population.

Claire Rado a demandé à des Coréens vivant à Paris de s’exprimer sur ce qui leur manque de leur ville d’origine et, pour certains, sur ce qu’ils regrettent de Paris lorsqu’ils retournent chez eux. Mais justement, où est désormais leur « chez eux » ? C’est la question que posent ces portraits d’immigrés photographiés dans leur environnement familier, accompagnés de leurs témoignages écrits.

La Médiathèque de Sedan réalise un ensemble de tirages à partir de l'important fonds photographique du Sedanais Roger Vincent. Tandis qu'un montage vidéo réalisé par le festival sera projeté dans l'Eglise Réformée de Sedan. Cet ensemble nous livre la chronique de la métamorphose d’une ville familière et une cité parfois devenue étrangère à ceux qui y vivent aujourd’hui.


3 - La ville étrange

De l’étrangeté à l’irréalité, celle du décor comme celle des passants, le glissement s’opère tantôt insidieusement, tantôt à la suite d’un processus de dérèglement délibéré de la vision.

Perturbant la distinction du dehors et du dedans, Pablo Hare et Phillippe Gruenberg usent à Lima des pièces des appartements qu’ils investissent comme de chambre noires où se projettent le spectacle de la rue. Ils créent ainsi des espaces continus et sans repères où fusionnent le dedans et le dehors, le champ et le hors champ.

Les passants, malgré la banalité de leur aspect ou de leurs occupations, n’échappent pas eux non plus à cette remise en question du quotidien.

Sébastien Camboulive capte à la volée les déplacements quotidiens de passants qui semblent participer à une chorégraphie mystérieuse et minutieusement réglée.

De Chicago, Frank Scurti rapporte une réflexion sur le vécu urbain à travers des impressions visuelles mais aussi auditives et rythmiques qu'il transpose dans sa vidéo Chicago flipper. Il nous entraîne dans un parcours trépidant et heurté, par le biais d'une caméra subjective identifiée à une bille de flipper.

A Barcelone, à Londres, Berlin, Milan, Catherine Balet collecte les looks inventifs des adolescents à la sortie des lycées. Ces manifestations de ce qu'elle appelle les « subdivisions tribales des modes vestimentaires » sont autant de signes de reconnaissance de ces ethnies urbaines à l'échelle européenne.


4 – La ville investie

Investir la ville elle même et impliquer les Sedanais est l'un des principes mis en oeuvre par cette biennale. La rue de l'Horloge, touchée par la récession économique de la région et en cours de réanimation sera le théâtre de nombreuses expositions dans les appartements inoccupés d'un immeuble et dans des magasins vides. Y seront présentées des vidéos comme Sonderfahrt 1970 de Peter Dressier et Franz Zadrazil qui ont observé avec humour les mini-événements au quotidien dans la ville de Vienne au cours des années 1970, Divagation dans une chambre d'hôtel de Philippe Barcinski et Dainara Toffoli sur la chorégraphie du brésilien Bruno Beltrao nourri par la danse de rue, Penthouse, une fable lumineuse de Nicolas Giraud où le making of du festival par Samuel Fleury. Toujours dans la rue de l'Horloge, les photographies de Sung hee Lee de panneaux publicitaires gigantesques encore vides dans un paysage exotique seront installées dans une supérette désaffectée.

Luc Boegly présentera ses vues nocturnes dans des « sucettes » Decaux jalonnant un parcours urbain tandis que les portraits de Sandra Solinski seront suspendus au ciel de la place d'Armes.


5 – Artistes en résidence

Ces artistes conviés en résidence se proposent de travailler sur la ville de Sedan, s’inspirant de son urbanisme, de son architecture, des modes de vie de ses habitants.

Laurent Dejente, natif de Sedan, est un plasticien pluridisciplinaire. Fidèle à ses recherches sur les attitudes sociales et le positionnement du corps dans l'espace, il nous propose un prolongement qui introduit une dimension temporelle grâce à la vidéo. Travaillant avec de jeunes danseurs sur des lieux emblématiques de la ville, il redonne tout pouvoir au corps et fait basculer le monde par des changements d'angles, de perspectives, des chavirements qui bousculent notre perception. Le lac, le château, la Meuse, le stade deviennent les décors transfigurés de performances qui défient les lois de la gravité. Un autre Sedan émerge, libéré de ses pesanteurs.

Sandra Solinski s’interroge, elle, sur « ce qui fait qu'une ville est la nôtre », sur ces gens que l'on côtoie comme des étrangers et qui pourtant n'en sont pas. Elle leur a demandé quel était pour eux l'endroit le plus important dans leur ville. En installant dans l'espace public de grandes photographies, portraits et endroits choisis, elle veut inciter leurs voisins à se reconnaître dans leur choix représentatif et ainsi à devenir conscients que ces personnes sont bien leurs voisins et non des étrangers.

C’est à la place de la nature dans la ville et plus particulièrement à la reconquête de celle-ci par une végétation opiniâtre et incontrôlée que Laurent Gueneau consacre sa Question de Nature. Il continuera à Sedan sa recherche commencée à Canton et à Bombay, créant ainsi un polyptique des images réalisées dans les trois villes.

Une simple promenade nocturne dans une ville de moyenne importance peut faire surgir le fantasme d'une cité brusquement abandonnée pour quelque mystérieuse raison. Devant l'objectif de Luc Boegly, le réel prend l'aspect factice d'un décor vide.


6 - Diplôme d'architecte

Perpétuant la tradition de la présentation d’un diplôme, le jeune architecte sedanais Benoît Oudin exposera le fruit de ses réflexions sur la question « Quels lieux pour la culture ? » : un projet de barges flottantes et la reconversion d’une usine d’électricité aux abords de Sedan en lieu culturel évolutif.

Jean-Christian Fleury




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