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.: L'empreinte du vide




URBI & ORBI
Biennale de la photographie
et de la ville – Sedan juin 2001


André Jasinski

La douceur. Un plaisir modéré, calme. Une qualité morale aussi. Dans les images d’André Jasinski, la douceur trahit également une attitude : le respect. Car si les lieux qu’il regarde vivre sont un estran du Saint-Laurent, avec ses gravats, ses restes d’un débarcadère et son buisson insignifiant, s’ils sont les limbes de Bruxelles, avec son terrain vague boueux, son parking sur le toit et sa glauque impasse aux arbres nus, ces lieux demeurent présents, émouvants même. Un peu comme s’ils manifestaient la singularité de leur existance. Ces endroits ne sont pas désespérés, ils sont. Qu’on puisse, dans leurs représentations, en apprécier la cohérence tonale et la délicatesse du coloris, ne tient pas tant d’un effet esthétique que d’un état réel qui a su être reçu. Rien ici ne semble forcé. L’émotion n’a pas été appropriée. Cette volonté de transparence répond sans doute à la confiance qu’à ce photographe en la substance des territoires qu’il repère, visite et encore, jusqu’à bien les connaître. Ne dit-il pas : "même si tu arrives à enlever tous les effets de la chose ; c’est ça que je recherche1" ?

Il est dans cette exposition une image emblématique. Elle fut prise à la lisière de Bruxelles dans un épais brouillard. Sur une terre sablonneuse jonchée de débris de construction autour desquels persistent menues fleurs et végétation, une charpente de béton parfaitement géométrique et des arbres qui, peu s'en faut, rappellent des cyprès toscans…

Indéniablement belle, remuante d’un romantisme post-quelque chose, cette photographie est presque trop. Elles est un concentré de ce dosage "contemporain d’un modernité impure entièrement adaptée à son impureté2". Un concentré, aussi, de cette attention que porte André Jasinski à la cohabitation de deux ordres distincts d’activité, l’un naturel l’autre urbain, et à la variété innombrable des nuances qui les séparent.

1. Entretien informel avec l’auteur, février 1999.
2. Vladimir Jankélévitch, le pur et l’impur, Paris, Flammarion, 1960 p.24.



Extrait d’un texte de Jennifer Couëlle


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