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.: Bienvenu à la maison

Je m’installe pour dix jours à Sedan. Hébergée chez Remy-Pierre et Annick, je dors dans la chambre de leur fils aîné, Arthur, parti en vacances. Je me réveille chaque matin face au vallon, où les vaches de Marie-Françoise et Hubert broutent la première herbe du printemps. Cette jeune herbe qui donne à la crème sa couleur paille et son goût savoureux de beurre frais. J’ai rencontré Marie-Françoise au marché samedi matin. En dégustant les fromages frais, je me suis invitée chez elle pour le café. Elle a été déconcertée, elle et Hubert n’ont pas l’habitude de recevoir ainsi. Finalement, j’ai déjeuné chez eux mercredi midi. Ils ont un pâté-en-croûte généreux, des rhododendrons beaux comme l’enfance, et quatre bras magnifiques qui savent m’accueillir pour plusieurs générations.
Vendredi matin, près de la rue de l’Horloge, un balcon sourit au soleil de tous ses nains dits de jardin, le vent souffle dans les rideaux et disperse dans la rue les chants d’amour de la radio. Je m’engage dans l’escalier, pleine de curiosité ; B. est en haut, qui s’apprête à sortir dans sa jupe coquelicot. Le rendez-vous est pris ; mais B. ne viendra pas, E. non plus d’ailleurs, ni Y. et N. que je n’arrive plus à joindre au téléphone...
J’ai rencontré Annick à une réunion de Sedan Renaissance. Lundi, elle m’attend, table dressée, cafetière chaude et petits gâteaux. Sa fille et son gendre sont dans le jardin qui dessinent les plans de la maison qu’ils vont retaper. C’est sa fille qui prend les photos. On regarde dans le viseur, on pose, on contrôle sur l’écran, on rit beaucoup ; on travaille tranquillement à construire l’image juste.
Dimanche après-midi, j’ai fini par trouver où habitent les familles du voyage que j’ai rencontrées au marché. Mais le temps de se parler, de se connaître un peu, la belle lumière du soir est passée. Le lendemain, les enfants sont fin prêts à six heures : roses, rondes, bouclées. Le plat mijote dans la casserole et sent bon. Les voisins déboulent, commentent ; chacun court derrière l’appareil, regarde, critique, revient s’asseoir. Toute la tradition du portrait de famille est là, active autour de l’écran-témoin. Laetitia est heureuse “Ma mère! Quand elle va voir ça!”
Mardi soir, je sirote une bière framboise au Roi de la bière. Jean-Marie est là, non loin. Il me présente Brice qui m’invite aussitôt chez lui jeudi midi. Un grand feu brûle dans son l’atelier, la fenêtre ouverte sur la Meuse communique avec la mer... Nous buvons une Orval et décidons d’encadrer son autoportrait en dictateur russe.
Vendredi, je vois Dominique. On a d’abord bu le café dans sa cuisine jaune et verte, qu’elle a peinte elle-même, mais qu’elle n’aime plus. Elle met de la musique, elle sort la tarte à la rhubarbe du four, ses grands garçons me détaillent, curieux. Le temps passe, doux, intime, le silence parle, par son chemin bien à lui.
18H, j’ai rendez-vous avec Betty. Elle est surexcitée bien sûr. Pour ce rendez-vous avec l’ART (!), elle a retourné ses armoires et élu un blue-jean calligraphié par un artiste, un tee-shirt jardin des supplices et une nuisette fushia. Betty travaille l’intention, allonge la tête, se redresse, tire le dos, rentre le menton... Après quinze photos bancales, on échange simplement nos fauteuils : c’est parfait.
Jeudi, je passe à Siam Concept prendre de la sauce de soja. Incroyable, il y a aussi des shorts de boxe thaï. J’en cherche un rose pour Anne-Isabelle qui veut le même que celui de son prof, mais il n’y en a pas. On parle avec Brice. Je découvre que c’est un passionné de cuisine médiévale, il a même une édition du Ménagier de Paris, LE livre culte. Chez lui on se prépare un thé à la menthe, on parle de voyages...
Arthur est rentré. On fait la photo dans la cuisine, la famille réunie autour de la nappe vichy bleue, qui vole trois fois par jour pour disperser les miettes dans le vent. La chemise de Remy-Pierre est vichy aussi.

Damaris Risch


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