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.: Fonds Roger Vincent - Sedan après guerre




La renaissance de Sedan
Fonds Roger Vincent

..... [ Temple protestant et médiathèque de Sedan ] .....

Installé comme photographe Place de la Halle à Sedan, Roger Vincent était correspondant local du quotidien L’Union, exerçait pour la Chambre de Commerce et d’Industrie et répondait aux commandes occasionnelles. En somme, une destinée banale de « photographe de province ». Pourtant, le fonds de quelques neuf mille clichés donné par ses enfants à la Médiathèque municipale de Sedan révèle un photographe remarquable tant par les qualités esthétiques de ses images que par l’opiniâtreté et la volonté d’exhaustivité avec lesquelles il couvrit durant plus de trente ans la vie de sa ville.

Venu de la peinture, il s’intéresse à la fin des années 30 à la photographie. Mais c’est l’après-guerre, avec la reconstruction de Sedan, qui va lui fournir, plus qu’un sujet, une mission photographique. Il couvre tous les aspects de la mutation de la ville pendant cette période déterminante. Il dresse le constat des destructions avec les ruines, les façades éventrées, les rues encombrées de débris. Il capte toute une vie précaire qui s’improvise en attente du relogement : les abris de fortune, les baraquements de bois, les roulottes, les tentes en plein centre-ville. Il suit chaque étape de la reconstruction, de l’évolution des chantiers, la mutation du paysage urbain, manifeste un vif intérêt pour les réalisations architecturales d’inspiration moderniste. Rien ne lui échappe du renouveau économique : il rend compte de l’activité ferroviaire, fluviale, de la construction de nouveaux ponts, de nouvelles usines sidérurgiques, de l’édification de stations-services tandis que la bicyclette cède la place à l‘automobile. Rien non plus ne lui paraît indigne d’intérêt dans la vie de ses concitoyens rythmée par les marchés, les foires commerciales, les fêtes paroissiales, les manifestations politiques, la pêche du dimanche au bord de la Meuse. Tout concourt à brosser ce portrait de la ville qui est aussi celui d’une époque : les défilés, les retrouvailles au Central Bar, les vitrines des petits commerces, l’ouverture d’un nouveau cinéma, l’arrivée des premières machines à laver ou les matchs de football qui vont faire émerger la grande équipe porteuse de la fierté de la cité.

La population dont il décrit la vie est fort proche de celle qu’un Doisneau photographie au même moment. Si l’on retrouve ici quelques uns des thèmes favoris du réalisme poétique français : la mélancolie des voies ferrées, des péniches en attente sur la rivière gelée, la joie populaire des congés au bord de l’eau, Roger Vincent se refuse pourtant à l’anecdote. Il tient son sujet à distance respectueuse, conscient toujours de son objectif documentaire, préférant au plan rapproché qui cerne l’individu, les vues générales où l’humain est situé dans son contexte géographique ou architectural. Peut-être faut-il y voir la permanence d’une vision globale qu’il avait pu expérimenter avec ses vues aériennes d’avant-guerre. Sans doute doit-il aussi la justesse et la rigueur de ses compositions à son œil de peintre. Ainsi, cet ambitieux projet documentaire est-il aussi un témoignage à la première personne (combien de fois peut-on voir au bas de ses images, telle une signature, l’ombre portée de l’opérateur) : celui d’un observateur enthousiaste, parfois amusé, ému, jamais indifférent, celui d’un amoureux de sa ville, qui lui consacra la totalité de son travail de création.

Jean-Christian Fleury




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