Accueil Edition 2008 Les artistes de l'édition 2008 Pablo Hare et Philippe Gruenberg - Lima 01





 

.: Pablo Hare et Philippe Gruenberg - Lima 01




Lima 01
Pablo Hare et Philippe Gruenberg

..... [ Immeuble 31 rue de l'Horloge - Sedan ] .....

Pour spectaculaires qu’elles soient, les photographies de Pablo Hare et Philippe Gruenberg n’en sont pas moins le résultat d’un procédé on ne peut plus primitif : la photographie sténopée reprend le dispositif de la camera obscura utilisé par les peintres de la Renaissance en y ajoutant une surface sensible sur le côté de la boite où se projette l’image. Certains photographes contemporains ont pris au pied de la lettre l’expression « chambre noire » en transformant une pièce d’habitation en dispositif optique géant où vient s’inscrire une image inversée de l’extérieur. La particularité du dispositif de Hare et Gruenberg est qu’il ne recueille pas seulement l’image de la rue ou des bâtiments environnants, mais que cette image se trouve superposée à celle du lieu-même où elle vient se projeter. Deux mondes se trouvent ainsi confrontés, ceux de l’intérieur et de l’extérieur, et c’est bien cette confrontation qui est au centre de leur propos.

Ce qui est montré ici, c’est l’histoire d’un « déclin » : celui du centre historique de Lima. Les appartements et locaux commerciaux où opèrent les deux photographes furent construits durant la période de relative prospérité de l’après-guerre, lorsque les grandes familles commerçantes de Lima prirent la place de l’aristocratie moribonde. Ces édifices furent à leur tour progressivement abandonnés au cours des dernières décennies du XX ème siècle, alors que la migration massive des campagnes vers la capitale bouleversait la vie et l’aspect de ce quartier bourgeois. Ces locaux demeurèrent donc inoccupés, en marge de la vie de la ville. En faisant pénétrer aujourd’hui par un minuscule trou le nouvel environnement de ces bâtiments, Pablo Hare et Philippe Gruenberg font se télescoper deux époques, deux conceptions de l’organisation urbaine et de la société. Ces intérieurs délabrés, ces orgueilleux édifices, révélés à eux-mêmes par l’irruption lumineuse du présent, nous apparaissent dès lors pour ce qu’ils sont : les vestiges d’un monde qui n’existe déjà plus. Et sans doute, n’est-ce pas un moindre paradoxe que ce qui n’est plus que fantôme d’un temps révolu se présente à nous comme une réalité palpable alors que le présent et la vie nous apparaissent comme un fugitif et fragile reflet.


Jean-Christian Fleury





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