Accueil Edition 2006 Les artistes de l'édition 2006 Anne Garde





 

.: Anne Garde




Anne Garde
Zone

Rien de plus impersonnel, au premier abord, que les architectures fonctionnelles de béton photographiées par Anne Garde. Elles constituent pourtant pour elle un « univers autobiographique ».

Cet univers, elle le rencontre ou plutôt le reconnaît pour la première fois à Bordeaux, sa ville natale, dans la base sous-marine construite par l'armée allemande lors de la seconde guerre mondiale, où elle s'aventurait parfois dans son enfance. Lieu qui a toujours exercé sur elle un mélange d'attirance-répulsion lié à son histoire personnelle et familiale (celle d'un père prisonnier-otage).
Des images qu'elle réalise dans cette cathédrale de béton vouée à la guerre, émane un sentiment ambigu d'oppression en même temps que de formidable protection contre le monde extérieur. Influencée par le Stalker du film de Tarkovski, ce passeur qui permet de pénétrer dans la « zone interdite » créée par la chute d'un météore, Anne Garde nous entraîne dans d'autres ouvrages militaires : les bunkers de la côte atlantique, puis dans de vastes architectures industrielles en déshérence : les aciéries de Lorraine, du Creusot, les usines Renault de Boulogne-Billancourt, tous hauts lieux de la production, de la vie ouvrière, aujourd'hui plongés dans le silence.

Mais il ne suffit pas à la photographe de constater : il lui faut aussi s'approprier le lieu par un geste artistique : y introduire une couleur arbitraire, un bleu pur et serein (celui qui obscurcissait les fenêtres, imposé par la Défense passive durant l'Occupation, celui du sulfate de cuivre sur les vignes du Bordelais), y allumer de modestes feux qui raniment l'espace jadis habité par l'acier en fusion. Ces interventions déréalisent ces lieux prosaïques qui deviennent les miroirs d'un univers intérieur travaillé par le souvenir d'un monde disparu, par l'urgence d'un sens à trouver : ces espaces ne sont-ils pas vacants, en mutation vers on ne sait quoi ? Il y a dans ce geste artistique quelque chose de la caresse accordée à une bête colossale sur le point de mourir, une volonté d'apaisement, de « purification » d'un lieu d'asservissement et de conflit. Travail au long cours dont la durée même - plus de vingt-cinq ans – indique combien il s'agit d'un itinéraire personnel ouvert à l'expression de l'inconscient.

On sait quelle place l'architecture tient dans les rêves. Ces images illustrent, c'est à dire mettent en lumière, cette corrélation entre la construction d'un lieu et celle d'une personnalité. Dans Stalker, pour accéder à la chambre mystérieuse située au centre de la zone interdite, il fallait payer un prix : se voir tel qu'on est. Cette chambre, disait-on, accordait tous les vœux.


J.-C. F.

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[«Son C.V.»]







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