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.: Architectures en Champagne Ardenne 1960-2000

Des traditions de modernité

Outre le caractère historique de ses monuments et de ses rues, chaque ville de Champagne-Ardenne possède un rapport spécifique à la création architecturale. Ce rapport n'est pas seulement à entendre en termes de conservatisme ou d'avant-gardisme : c'est essentiellement la qualité des échanges entre la maîtrise d'œuvre et la maîtrise d'ouvrage qui donne une forme intéressante à la production bâtie. Ainsi, bien qu'étant le fruit d'histoires très différentes, les villes de Reims et de Troyes ont su créer, chacune à sa façon, un contexte favorable à l'expression d'une nouveauté en architecture. La première a su prolonger la forte tradition de grands travaux qui la caractérise depuis qu'elle devint ville des sacres de la monarchie tandis que la seconde a su exploiter la relative stabilité de ses tracés pour établir, loin des expérimentations constructives et planificatrices, une production architecturale de qualité conciliant folklore local et vision moderne.
Doublement marquée par les politiques sociales menées dans le domaine du logement dès le début du XXe siècle et par la succession de plans d'aménagement qu'inaugure le plan de l'architecte américain Geo B. Ford, dressé après la Première Guerre mondiale pour pallier les besoins de la reconstruction, la ville de Reims a toujours manifesté une curiosité pour les théories architecturales et urbaines les plus neuves. Ainsi, en 1959, le ministère de la Reconstruction fit appel à Maurice Rotival, alors installé aux États-Unis, pour élaborer un nouveau plan d'urbanisme. Ce plan proposait la création d'un deuxième centre sur le plateau Croix-Rouge — à la fois opposé et relié par une voie rapide au premier centre historique et à la cathédrale — ainsi qu'une autoroute urbaine. Bien que partiellement réalisée, la proposition de Rotival a profondément marqué le paysage de Reims. Longtemps mal perçue, cette pièce d'anthologie de l'urbanisme moderne est devenue une source d'inspiration particulièrement riche pour les architectes intervenant depuis quelques années dans la ville. Ce qui apparaissait encore il y a quelques années comme une véritable « tranchée» dans la ville devient aujourd'hui un tracé urbain comme un autre...
Toute différente est l'histoire de Troyes. La ville s'est construite sur elle-même, sans les traumatismes qu'ont connus d'autres communes françaises à la fin des deux guerres mondiales, sans non plus les bouleversements qu'occasionnèrent les transformations urbaines de la modernité. Ici, la nécessaire construction de voies rapides et de pénétrantes, qu'imposait dans les années soixante le développement de l'automobile, n'a pas modifié le tracé de la ville : elles ont été implantées à l'emplacement des canaux
3ui l'innervaient jusque-là. Si Troyes a ainsi perdu sa chance e devenir un petit Amsterdam français — lui permettant de remplacer l'industrie de la bonneterie par celle du tourisme — le comblement des canaux a contribué au maintien d'une continuité dans l'évolution urbaine de la ville. Nul besoin ne fut donc ressenti de faire appel aux stars nationales ou internationales de l'architecture pour donner forme à un quartier plus problématique que les autres. Les maîtres d'ouvrage ont préféré miser sur le développement des compétences locales plutôt que d'investir dans des grandes signatures. Les agences de la ville ont ainsi pu développer un savoir-faire et le transmettre aux nouvelles générations, sans subir les mauvais effets du postmodernisme.
La production architecturale des autres villes de Champagne-Ardenne oscille entre ces deux polarités, symbolisées par Reims et Troyes : une tradition de la rupture urbaine d'une part et une modernité inscrite dans la continuité d'autre part, Qu'ils aient été construits à Charleville-Mézières, à Sedan, à Langres, à Chaumont, à Châlons-en-Champagne, à Épernay ou à Nogent-sur-Seine, chacun des bâtiments présentés dans cet ouvrage apparaît comme une tentative d'équilibre entre la volonté de se détacher de son contexte — par quelques signes de monumentalité ou quelques matières contemporaines — et l'acceptation de n'être que te vassal du patrimoine existant.
Paul Landauer




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