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.: WTC before 9/11




Il y a des chiffres, comme «1789», «14-18» ou «39-40» qui font date. A New York, Noam Chomsky a récemment
publié «9/11», c'est-à-dire «11 septembre» en Américain. Ce «Nine Eleven» symbolisera pour toujours la catastrophe du Wodd Trade Center.

«9/11» nous rappelle les films en boucle d'avions suicide remplis d'enfants, de femmes et d'hommes, percutant deux gigantesques gratte-ciel dans de monstrueuses explosions et tuant plus de 3000 personnes, dont plusieurs se jettent dans le vide plutôt que de brûler vives. Les tours se sont effondrées droit sur elles-mêmes, comme un lancement de fusées spatiales dont le film aurait été projeté à l'envers. Des gens désespérés avaient méticuleusement planifié l'opération, visiblement pour amener les Américains à prendre conscience de feur responsabilité dans les événements du Proche-Orient et infléchir leur politique dans un sens plus équitable envers les Palestiniens. Les «kamikazes» cruels - mais qui néanmoins avaient choisi d'attaquer avant l'ouverture des bureaux - avaient mal évalué la réaction des USA, car la répression en Palestine n'a fait qu'empirer depuis. Rien n'a changé, sauf peut-être le sentiment d'invulnérabilité qu'éprouvaient jusque-là la plupart des Américains entre leurs deux océans. Au début des années 70, j'habitais un quartier tranquille de Brooklyn d'où je voyais s'élever au loin ce diapason brillant, dominant la fameuse «skyline» de Manhattan. Les vieux New-Yorkais lamentaient la destruction d'un quartier où avaient survécu beaucoup de maisons du 19e""' siècle. L'ensemble, hétéroclite, incluait «Radio Row» où végétaient des commerces spécialisés dans la vente ou la réparation d'«appareils de TSF» où des bricoleurs s'exprimaient en «condensateurs variables» ou en «superhétérodynes».

De temps à autre, j'allais voir où en était la construction. J'entends encore, venant des hauteurs, le staccato métallique des riveteuses derrière les bâches jaunes qui montaient d'étage en étage. La silhouette d'un soudeur se détachait sur un fond d'étincelles où un homme arpentait une poutrelle a acier Corten couleur rouille, suspendue au-dessus du vide. Ces «high iron men» (les ouvriers des gratte-ciel) étaient recrutés chez les «Indiens» Mohawk, qui ignorent le vertige. Les tours finirent par être acceptées, souvent à contre-cœur. On pouvait accéder au sommet de la tour nord par des ascenseurs ultra-rapides. Il y avait là-haut un restaurant cher, «Windows on thé Worid», des boutiques de souvenirs. Une cafétéria et une galerie vitrée, mais surtout une terrasse ouverte par beau temps avec des vues magnifiques. Philippe Petit, un fil-de-feriste français, avait une fois tendu un câble entre les deux tours et l'avait lentement traversé avec son balancier, acclamé par la foule 400 m plus bas. Arrivé au bout, les «cops» du NYPD l'avaient arrêté et verbalisé.

Au fil des jours, je photographiais New York, et de temps à autre, le WTC se trouvait dans mon objectif. Parfois, il me gênait et je l'éliminais, tantôt je l'incorporais dans ma composition, ou bien le photographiais carrément. Au cours des années, tout photographe accumule des milliers de négatifs, dont la plupart ne seront jamais tirés. Bob, un ami peintre, m'a poussé à retrouver ceux où apparaissait le Worid Trade Center. J'en ai trouvé une centaine, dont une sélection est exposée ici ainsi qu'à Paris, à la Galerie Philippe Gelot.
Paradoxalement, ce sera au travers de sa destruction que cet ensemble d'une architecture banale, dont le seul intérêt était la démesure atteindra — comme dirait Stendhal — ce «degré» de sublimités, que la postérité lui assignera.
mai 2002
JS Cartier

"Worid Trade Center Was", expo en conjonction avec Urbi et Orbi Galerie Philippe Gelot - 29, rue Saint-Paul - 75004 Paris



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